Orquideas salvajes de Tenerife

Quand il fut l’heure de prévoir un voyage hivernal pour début 2022, la destination étant sans hésiter en faveur de notre archipel de prédilection, je me suis posé la question de la présence d’orchidées sauvages dans la zone.

Magie du web, sans bouger de mon bureau j’ai fait un large tour de la question.
Certes mes plantes préférées ne sont pas vraiment fréquentes sur ces îles là, mais elles existent.
L’idée était enthousiasmante.
Il s’agissait alors de valider une date et aussi de proposer le thème des balades à mon compagnon de route. Ce fut fait.
Le plus difficile restait à réaliser : trouver des pistes de recherche. Il est évident qu’en quinze jours, partir la bouche en coeur n’était pas suffisant pour espérer « tomber » sur les perles rares.
Par expérience, je sais combien les trouver au milieu d’un champ bien limité demeure non-évident.

J’ai donc écrit partout où j’ai vu des images et où un contact était affiché, j’ai envoyé un bon paquet de messages en France et en Espagne, comme autant de bouteilles lancées à la mer, sans attendre beaucoup et en rêvant cependant.

Impossible d’établir une hiérarchie dans les réponses. Certaines furent absentes, d’autres tout à fait évasives, parfois envoyant paître ailleurs et d’autres fois définitivement décourageantes. J’ai même eu des retours hyper tardifs, dont un après être revenue à Nantes, une merveilleuse réponse du genre « chercher dans les dépressions de lave autour de tel endroit ». Je peux dire que lire une telle réponse si longtemps après avoir posé la question reste aussi désespérant que lire « Chercher dans le sable autour des plages de la côte de Jade »

Heureusement, comme l’affirme le dicton, il y a toujours une exception qui confirme la règle. Et la personne exceptionnelle se nomme Joan, c’est un photographe remarquable. Grâce à son message, tout en sachant que la chance est indispensable, j’avais des braises sur lesquelles souffler pour obtenir un peu de lumière.

La date que nous avions fixée étant tardive (pour la latitude sous laquelle nous allions) je suis partie avec l’idée qu’il me serait probablement impossible de « tout » voir en fleur, mais le simple fait d’aller à la rencontre de hampes florales défleuries m’enthousiasmait autant que d’aller rendre visite à ce tout qui me fait vibrer.

Rapidement, j’ai eu la chance de voir l’Orchis patens subsp. canariensis.
Rapidement mais pas du premier coup.
J’ai passé des heures à tourner sur une large zone qui constitue son habitat de prédilection.
Une partie étant piétinées par le passage des chèvres, la forte pente facilitant la mise à nu du sol ainsi « labouré, j’ai commencé à désespérer.
Alors, seule avec ma patience et ma détermination, comme je sentais qu’il était urgent, ce jour là précisément, de prendre tout le temps nécessaire, j’ai respiré un grand coup, puis avec un oeil ravivé, j’ai repris la quête.
La récompense était au bout et je l’ignorais.
Enfin, j’ai découvert un pied fleuri sous un arbre, ce fut comme si j’avais décroché la lune : un instant de pur bonheur.
Trois autres pieds étaient à côté dont deux avec une hampe florale coupée.
Le timing était parfait, sur ce coup, j’ai été sacrément chanceuse.

L’autre endémique, Habenaria tridactylites, je l’ai trouvée en trois endroits différents.
Presque facilement. Ce fut à l’occasion de très belles balades.
Impossible de passer sans la voir, elle vit en groupe, sur les rochers aussi bien qu’au milieu des herbes.
Cependant, il était trop tard dans sa saison pour observer la moindre fleur.

Il y a trois espèces endémiques sur l’île de Tenerife, la quête d’Himantoglossum metlesicsianum fut le « fil rouge » des vacances.
C’est cette grande orchidée que j’ai cherché en premier, dès mon arrivée, sans laisser ni la pluie ni la grêle refroidir mon élan.
Sans succès.
Néanmoins, jusqu’à la fin du séjour, j’ai nourri un secret espoir de la rencontrer (j’avais trouvé sur le web une photo fleurie de mi-février 2017).
Voir au moins une hampe fanée ou en graines était un objectif qui a poussé mes pas en maintes endroits. Car de ces « Himmantoglossum » je ne connais que l’Orchis bouc de chez nous et j’étais curieuse d’une nouvelle découverte.
Sans succès.
Sans aucun succès.
C’était questionnant.
Puis, je me suis faite à l’idée, connaissant « les caprices » des ces orchidées de grande taille, J’en suis arrivée à la conclusion que ce n’était pas leur année.

De même, alors que j’ai pas mal vadrouillé autour d’un coin idéal pour l’accueillir et même réputé pour l’héberger, je n’ai pas vu l’ombre d’un Orchis bombyliflora.

Débusquer Gennaria diphylla, fut plus facile mais moins simple que prévu. Visiblement il y a désormais beaucoup, beaucoup de monde qui visite l’île, piétinant les sous-bois, détruisant sans ni le vouloir ni même le savoir une flore parfois fragile. C’est donc en marchant loin de l’agitation, que je l’ai rencontrée, m’inclinant d’autant plus joyeusement à sa vue qu’elle était bien fleurie.

Quant à Neotinea maculata, je n’ai vu que les rosettes en divers endroits.
Toujours sans la chercher.
Dans l’un d’eux, elles étaient si nombreuses que j’ai pu imaginer le joli tapis qui doit se constituer en avril-mai, lors de la pleine floraison. Cette espèce, qui a l’art de s’accrocher dans les recoins, bien à l’abri des pas nombreux, possède visiblement tous les atouts pour proliférer.

Ecrit le 8 mars 2022

2 réflexions sur « Orquideas salvajes de Tenerife »

  1. Frédérique

    Quelle belle quête !
    La patience était de mise et le découragement interdit : il fallait mériter ces trouvailles.

    Répondre

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