De la botanique à l’horticulture, histoire d’orchidée

1568 – ouvrage de Rembert Dodoens
Source : Florum, coronariarum odoratarumque nonnullarum herbarum historia


Le simple mot « orchidée » laisse planer chez la plupart des interlocuteurs le qualificatif « exotique », c’est à dire plante spectaculaire venue d’ailleurs, visible dans les serres et les expositions. Parler d’orchidées sauvages françaises étonne et je m’amuse souvent à imaginer les représentations qui apparaissent spontanément dans les yeux des gens.
Ce sont pourtant seulement et uniquement les orchidées sauvages que je cherche.
Il m’a donc semblé important, de survoler l’ensemble du « phénomène orchidée » qui ne cesse d’évoluer dans un sens (scientifique) comme dans l’autre (attractif)



Avant la naissance de La Botanique (première apparition du mot en 1611 selon le grec « qui se rapporte aux plantes ») les plantes étaient décrites, connues et étudiées, reconnues selon leurs vertus médicinales ou agronomiques, elles avaient un rôle important dans la vie des humains. Il faudra cependant attendre les 15-16ème siècles pour que La Botanique prenne son envol en se détachant, et de l’Herboristerie, et de la Médecine, tout en y restant attachée.
Dès ce temps, des ouvrages font la part belles aux orchidées sauvages. Elles sont classées parmi les plantes à bulbe. Les « orchidologues » sont généralement médecins, comme Jacques Dalechamp (né à Bayeux en 1513, médecin à l’hôtel-Dieu de Lyon de 1552 à sa mort 1588) qui herborisait pendant se temps de loisir. Il décrivit pas moins de 47 orchidées sauvages de la région lyonnaise.

Au 17ème siècle, au fur et à mesure des nouvelles découvertes (on ne voit que ce qu’on cherche, c’est bien connu) les érudits européens commencèrent à ressentir le besoin d’échanger leurs idées et leurs informations afin d’avancer. Les premières Académies Scientifiques furent créées, posant les premiers pas de la science moderne.

Le 19ème siècle marqua une nouvelle étape avec la naissance des Sociétés d’Horticulture. Lors de son discours d’installation en 1827, Héricart de Thury pris soin de définir ce nouveau mot créé trois ans plus tôt:
« En effet, la science horticulturale a fait de progrès d’autant plus rapides, que ceux qui s’y livraient par goût ou par état ont senti que le travail du jardinier abandonné à lui-même, ne pouvait suffire à leurs vues ; que l’expérience a besoin d’instruction, et que la pratique du jardinage, comme en général tous les arts et toutes les branches de l’industrie agricole ou manufacturière, doit être dirigée par les lumières de la théorie, pour suivre avec succès un art dont la culture est si variée, les besoins si multipliés, les pertes si fréquentes et si essentielles à réparer promptement et économiquement. Aussi l’Horticulture a-t-elle dû appeler, et a-t-elle en effet appelé à son secours, les sciences qui peuvent lui donner le moyen de satisfaire à ses demandes journalières, et dont le concours lui est essentiellement nécessaire, telles que la botanique, la physique, la chimie, la minéralogie, la mécanique, l’hydraulique, l’architecture, l’entomologie, etc. »
(Héricart de Thury, « Discours d’installation prononcé par M. le Vicomte Héricart de Thury, Président de la Société »
, dans Annales de la Société d’Horticulture de Paris et Journal spécial de l’état et des progrès du jardinage, Tome premier, Paris, Mme Huzard, 1827, p. 57-58.)

L’horticulture n’est ni l’agriculture, ni le jardinage, la physiologie végétale y tient un rôle important. « Physiologie et horticulture partagent le même objet : l’une, en expliquant les phénomènes qui régissent le fonctionnement et le développement des végétaux, l’autre en utilisant la connaissance de ces phénomènes pour produire des plantes, les multiplier, les cultiver, les transporter, les transplanter, les conserver, les vendre et en tirer le meilleur profit »

L’essor de l’horticulture fut concomitant avec l’essor d’une certaine passion pour les orchidées. Non pas les simples orchidées de nos régions, mais celles qui venant d’outre-mer, peuplaient les serres chaudes en compagnie d’une multitudes de plantes tropicales nouvellement débarquées. Leur beauté naturelle, leur exotisme titillaient toutes les envies de transgression, il fallait les chercher plus loin, les hybrider plus brillamment, les amener à plaire aux plus grands.
Des « chasseurs d’orchidées » s’en allèrent dépouiller l’Amérique du Sud, l’Extrême-Orient et autres régions du monde. Une véritable destruction par un ramassage systématique s’opéra, se poursuivant aujourd’hui encore, contribuant à la disparition et à la raréfaction de certaines espèces.

Mais parallèlement, l’horticulture a permis, depuis quelques années, la multiplication (le clonage fait son entrée dans le domaine dès 1955, il sera peu à peu optimisé au point de totalement remplacer la multiplication par semis de graines) en grand nombre et à bas coût d’autres espèces, lesquelles ont aujourd’hui envahi nos hypermarchés.
De fleur prétentieuse destinée aux nantis de la société, en quelques année, l’orchidée (en particulier le « Phaléanopsis », tellement hybridé dans tous les sens qu’il est devenu impossible de le nommer plus précisément) est devenu une aimable plante presque vulgaire qui s’empoussière dans tous les appartements de tout le monde.

Ce billet très général n’est rien de plus qu’une invitation à la curiosité. Pour aller plus loin il faut se référer à l’ouvrage extrêmement érudit de Pierre Jacquet : Une histoire de l’orchidologie française (ISBN 2-9057334-13-2) lequel parcourt l’évolution des découvertes du Moyen-âge à nos jours.

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