De l’utilité (3)


Une bruine fine a envahi la ville.
L’heure d’hiver a sonné le glas de la lumière solaire à l’heure du thé
Le plus célèbre des minuscules tas d’ARN poursuit son chemin de terroriste mondial.

La roue avant du vélo fait jaillir de la route une trainée de gouttelettes, j’ai déjà les pieds trempés, les cheveux mouillés et le visage juste bien brumisé, je suis ravie.
Les rares personnes qui pédalent et me croisent ont le sourire aux lèvres. Dois-je déduire que seuls les gens heureux sont de sortie ce matin?

Tout au long de la semaine, j’ai tourné et retourné ce mot « utile » qui m’invite pour la troisième fois à proser au sujet de l’utilité.
Dans différents environnements, j’ai procédé à sa dissection.
A travers ce que j’imagine d’époques révolues dans lesquelles je n’ai point habité, je l’ai fait voyager.

J’ai écrit « ça » et bien plus hier.
Ce matin, ce dimanche j’ai effacé presque tout.
A quoi bon écrire ici ?

Il faudrait croire en l’utilité pour réussir à convaincre,
Ou croire à la non-utilité pour tenter de démollir la croyance en l’utilité.

Et définitivement, je suis brouillée avec les croyances, avec la dualité, la dichotomie, la prise de position qui me poserait dans un camp contre l’autre ou dans un camp avec ceux du même camp.

L’impression de solitude me tombe parfois sur la tête.
Du fait de ces incroyances.
Je suis tout à fait non capable d’affirmer que la solitude est utile
Ou non utile.
Elle est
Et en même temps existe notre humanité
Et le monde que nous habitons.
Seuls et ensemble,
En même temps
Indissociables
Non opposables.

Dimanche 25 octobre 2020, cinq mois et deux semaines après la sortie du grand confinement.
La peur est à nouveau palpable tout autour, consécutive au niveau d’alerte lancé à travers les médias. Chacun en fait ce qu’il a besoin d’en faire, en fonction de la manière dont il qualifie cette peur.
Dans ma ville, les bars fermeront dorénavant à 22:00 et pour ma part, ça ne changera rien.
La suite est encore plus loin.

Au bout de la patience, il n’y a rien d’autre que la patience. Je l’ai appris par expérience.


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