Un intense besoin de consommation

Il faut bien l’avouer, je fais partie de la génération qui est allègrement passée d’une société chiche, économe et sans crédit à la société actuelle où consommer est une addiction et vivre à crédit un travers commun.
Je fais partie de cette génération qui a vécu le changement petit à petit, sans vraiment le conscientiser, un peu comme la grenouille s’adapte au refroidissement (ou au réchauffement) de l’eau sans le prendre en compte jusqu’au jour où elle se retrouve congelée ou brulée vive.

J’ai connu le débarquement de la bouteille d’eau potable en plastique, une eau meilleure que celle du robinet, la publicité affirmait qu’en ingurgitant une bouteille de 1500ml par jour, la taille fine était assurée : buvez-éliminer qu’elle disait! Les incitations à consommer de l’époque n’y allaient pas par quatre chemins, les banquiers disaient « votre argent m’intéresse » et les vendeurs d’eau en bouteille disaient « buvez-pissez » car évidemment plus une personne s’abreuve sans besoin, plus elle va aux toilettes et en passant… plus elle tire la chasse… dilapidant du même coup son argent et la précieuse eau potable qui sert à nettoyer les toilettes!
Quelle vie merveilleuse!
Sans le savoir nous étions tous devenus des nababs en puissance, balançant par les fenêtres l’argent qui semblait fait « pour ça » quand il n’était pas fait pour permettre aux banquiers de croitre.
Et ça continue, encore et encore!

Je fais partie de cette génération.
D’autres personne sont nées après, directement dans la consommation galopante.
Pour autant, faire partie d’une génération ne signifie pas s’y fondre. A la différence d’une grenouille à cervelle de batracien, j’ai reçu le don formidable de la pensée et sensibles aux injonctions parentales, je n’ai jamais « balancé l’argent par la fenêtre », j’ai beaucoup jardiné, beaucoup bricolé, beaucoup récupéré et je continu, sans crédit, car si je n’ai pas les moyens, c’est que c’est au dessus de mes moyens!
Basique.
Impossible d’être qui je ne suis pas.
Les nababs ne m’ont jamais fait rêver, pas plus que les princes et les richissimes qui me paraissent parfois si pauvres.
Peut-être que la jalousie a oublié de s’encrer dans mes gènes?
je ne sais pas.

Tout ce verbiage pour en arriver à l’humeur du matin.

Il n’est pas une journée sans voir apparaitre une vidéo, un article ou un commentaire au sujet de la dangerosité d’un produit ou d’un autre.
Pas un jour sans que soit montrée du doigt notre culpabilité d’occidentaux cupides et pollueurs.
Pas un jour sans qu’un produit « nouveau » et forcément merveilleux ne vienne remplacer un objet « ancien » et obligatoirement toxique. « Ancien » signifiant généralement « vieux de trois jours, trois mois ou trois ans »!

Vivre est aujourd’hui plus que jamais une situation à haut risque.
A haut risque!
Quel risque?
Mourir?
Devenir malade?
Vieillir?
En tout cas « ça » fait peur!

Je peux comprendre.
Je peux même comprendre que les plus faibles exigent la confection de lois protectrices.

Ce que je peux pas comprendre c’est comment des revendiquants et autres militants peuvent impunément brûler publiquement des tonnes de pneus (mais qui donc leur offre ?) et autres trucs toxiques (mobilier urbain, poubelles, palettes traitées, etc) sans choquer personne, ces mêmes personnes qui sont affolées à l’idée de recevoir un coronavirus dans un paquet apportant de Chine un « truc » aussi inutile qu’indispensable.

Penser est à double tranchant, redoutable.
Obéir est confortable, admirable.
Suivre me parait détestable.
Devancer est par expérience tentable
Mais est-ce recommandable ?

2 réflexions sur « Un intense besoin de consommation »

  1. Frédérique

    « Ce que je peux pas comprendre c’est comment des revendiquants et autres militants peuvent impunément brûler publiquement des tonnes de pneus (mais qui donc leur offre ?) et autres trucs toxiques (mobilier urbain, poubelles, palettes traitées, etc) sans choquer personne, ces mêmes personnes qui sont affolées à l’idée de recevoir un coronavirus dans un paquet apportant de Chine un « truc » aussi inutile qu’indispensable. » : encore un paradoxe humain dans toute sa splendeur ! Je ne sais pas expliquer ce type de comportement si ce n’est encore une fois le jeu de la peur.

    « Obéir est confortable, admirable » : confortable, je suis d’accord, car cela sous-entend qu’on laisse à l’autre le soin de réfléchir pour soi. Admirable ? Beaucoup moins, justement parce qu’on abandonne sa volonté. Je serais restée à confortable.
    « Suivre me paraît détestable » : tout dépend. Suivre peut être confortable aussi. Détestable si, comme dans l’obéissance aveugle, on délègue sa pensée à quelqu’un d’autre. Mais suivre peut aussi avoir une connotation d’esprit d’équipe, quand on suit tous une même direction. En écrivant cela, je pense à la façon dont j’animais mon équipe, où j’avais à cœur de fédérer tous les membres de cette équipe. Je ne leur demandais pas de m’obéir, mais de décider ensemble la direction à suivre, en creusant toutes les composantes de cette décision.
    Devancer… c’est essayer d’avoir un coup d’avance, d’anticiper le futur… le contrôler… illusoire ?

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    1. Joelle Auteur de l’article

      Merci vraiment pour ces nouvelles questions, je suis ravie 🙂
      Oui, la peur est certainement un moteur puissant. Ce qui est remarquable, c’est que de nos jours, à force de vivre hyper protégés, hyper sécurisés, sans expériences véritables et palpables, beaucoup de personnes en viennent à avoir peur de leur ombre et finissent par agir de manière irraisonnée comme le feraient des meutes affamées qui n’auraient plus rien à perdre. Or, précisément, il y a la protection et la sécurité qui peuvent se perdre sur le chemin de l’individualisme…

      Obéir est admirable en ce sens que j’admire les personnes capables d’obéir sans se poser de question, une attitude dont je suis vraiment incapable depuis ma plus tendre enfance.J’imagine que c’est certainement très reposant que de se reposer sur les autres, d’être systématiquement contre et non-responsable puisque non-décisionnaire.
      Suivre me parait détestable, je maintiens en soulignant le « me parait ». L’exemple qui te vient ressemble, de mon point de vue, à une histoire de « marcher ensemble », de compagnonnage (manger le pain ensemble) et je mesure combien la limite entre suivre et suivre est ténue, indissociable de l’échelle de référence choisie pour y réfléchir. Je vais méditer à ce sujet; je suis fascinée par ce fil subtil qui dessine l’interface entre deux éléments.
      Quant à devancer, je pensais plus à ces personnes qui explorent avant. Elles peuvent le faire parce que toutes les données sont existantes, parce que tout est offert sur un plateau, sans la moindre anticipation, simplement elle le font seules. Parfois un jour la mode fera que « tout le monde » suivra, parfois ce sera tellement trop « en avance » qu’il faudra des années pour que la réalisation de masse ait lieu, parfois la fantaisie de la vie fera qu’avec les mêmes ingrédients de base, c’est tout autre « chose » qui prendra son envol. Ainsi, les personnes qui devancent ne doivent jamais s’attendre à recevoir des lauriers.

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