Heureux qui sait être seul

« On » a dit qu’ils avaient faim.
J’ai scruté les yeux, les joues, les attitudes et les tours de taille et je n’ai pas lu le manque de nourriture.
Puis « on » a dit qu’ils avaient besoin de se sentir « pas seuls ».
J’ai observé les insultes, les propos, les mouvements et j’ai vu les camps se former.
Exprimaient-elles leur faim de non-solitude, ces personnes qui illuminaient les médias d’un halo fluo synthétique et bruyant ?
Les chercheurs de toutes les Universités se précipitèrent à leur chevet pour sortir en avant première une explication argumentée plus originale que celle du voisin. Là encore des camps s’érigèrent.
Je me suis réfugiée dans le silence harmonieux de la nature profonde, fuyant brouhaha, cacophonie et combats.

A la mémoire, m’est revenu ce moment magique où à l’aube de la naissance de la toile, j’avais découvert qu’à l’autre bout du monde « une autre » personne exerçait son art dans le même état d’esprit que je le faisais alors et je m’étais sentie tellement moins seule !
(un petit détour s’impose par ici )
A la suite de cette découverte, j’avais vaillamment testé les rassemblements qui se vantaient d’assemblées chantant le même son de cloche microcosmique.
Et… Je me suis immédiatement sentie incommensurable seule au milieu de ces personnes.
C’est que je suis incapable de choisir un camp, d’autant plus incapable que choisir un camp signifie dénigrer un ou des autres camps.

Hier soir, j’ai fait le tour de mes connaissances amicales sur FB : je suis allée regarder par la fenêtre ce qu’avaient raconté dernièrement toutes celles qui n’apparaissent pas au milieu des pubs qui inondent mon « fil d’actualité » quasiment dépourvu « d’abonnements ». J’y ai trouvé les petits groupes habituels qui likent, valident et « moi-jesent » (du verbe moi-jeser…) comme il est d’usage de le faire entre adhérents du même parti.

Alors… je suis joyeusement revenue à ma couture remplie d’étoiles, à la confection des paquets cadeaux, à la préparation des menus de partage… et surtout à ma solitude préférée, grouillante de tant de mondes et de mille tendres pensées vers tant de personnes, chacune ayant son camp, ses convictions, ses activités, ses moi-je, ses agacements et ses bonheurs sur lesquels je n’ai absolument rien à dire.

4 réflexions sur « Heureux qui sait être seul »

  1. Frédérique

    Quel sujet épineux…
    Pour ma part, je suis restée spectatrice du spectacle qui se déroulait sous mes yeux. A la fois compréhensive, désapprobatrice, attristée.

    Compréhensive car au fil du temps, au fil des politiques, le leitmotiv récurrent est que « nous » coûtons trop cher, le « nous » étant global, incluant de façon générale les actifs des classes ouvrières, moyennes, les retraités, les étudiants. Trop de médicaments (mais qui en fait la promotion ?), trop de sécurité sociale (mais quels contrôles ?), etc.. etc… etc… Bref, « on » (le gouvernement) nous (les Français moyens) demande de nous serrer la ceinture. A côté de cela, quelques scandales éclaboussent les personnages politiques (on peut revenir sur la dernière campagne présidentielle et ses allures de farce, les abus de biens sociaux qui émaillent régulièrement l’actualité, etc…) et jettent quelque discrédit sur l’injonction précédente. Pourquoi se serrer la ceinture quand d’autres vivent de bonne chère ?

    Compréhensive car quand un politicien perd la notion de la « vraie » vie et ignore combien coûte une baguette de pain (et cela ne date pas d’aujourd’hui, je me rappelle de Lionel Jospin), cela me laisse songeuse. Et d’autant plus songeuse que moi-je me surprend même à payer mes courses sans ciller… alors qu’il fût une époque où il en était tout autrement et quand, le montant annoncé, je calculais rapidement ce qu’il me restait sur le compte en banque. La différence entre un politicien et moi c’est que je ne suis responsable que de ma cellule familiale : si j’équilibre mal mon budget, seuls les miens en pâtissent. Si un coup dur émaille ma vie (comme cela a été le cas il y a 11 ans de cela), il m’incombe de prendre les mesures nécessaires. Pour le politicien, c’est la même chose à l’échelle d’un pays. Autant je peux entendre les demandes d’austérité et d’efforts à tous, autant je souhaiterais qu’elles s’appliquent de façon égalitaire et les éclaboussures politiciennes décrédibilisent l’ensemble. Jusqu’à présent, je ne suis pas persuadée que mon obole prélevée par les institutions étatiques soit bien utilisée. Pour moi-je, le noeud du problème est bien celui-là.
    Mais tu sais comme j’ai du mal avec la politique 😉

    Désapprobatrice car il m’est difficile de cautionner la violence… mais songeuse car quel autre moyen de faire se faire entendre efficacement pour certains ?

    Attristée par les dommages collatéraux qui sont survenus suite aux évènements, les morts, les blessés, les pertes de revenus des commerçants en cette période cruciale…

    D’un autre côté, je me questionne sur notre nature et là, Comte-Sponville me revient, dans son « Traité du désespoir et de la béatitude ». Car il me semble que c’est dans cet ouvrage qu’il évoque l’envie, le besoin incessant d’avoir ce que l’autre possède. De comparer. De vivre au travers le matériel. D’espérer, de vouloir toujours plus et toujours mieux. Peut-être est-il là le vrai noeud du problème ?

    1. Joelle Auteur de l’article

      Merci, une fois de plus pour ta fidélité. C’est si important pour moi de lire des avis et des réflexions au sujet des billets qui s’envolent ici.
      Lorsque j’ai lu tes premiers mots, j’ai tout de suite été curieuse d’en savoir plus, particulièrement apprendre de toi en quoi « heureux qui sait être seul » est un sujet épineux.
      Il m’a fallu le temps d’un éclair pour arriver au mot spectatrice, en être surprise, et enfin saisir que le « sujet épineux » était en fait un sujet dont je ne parlais pas vraiment dans le billet, prenant grand soin de n’évoquer aucune couleur, tout juste un côté fluo.
      Et je me suis émerveillée au sujet de la portée des mots.
      Emerveillée, vraiment car il est vrai que je suis fascinée par les relations que nous sommes capables d’établir à partir de presque rien. Mais c’est encore un autre sujet!
      🙂
      Donc, juste au sujet de ce qui te parait épineux, sujet sur lequel j’ai donné mon avis en filigrane dans le billet « cacophonie de l’avent », je suis assez sensible à ta conclusion reprenant les mots d’un philosophe. Le soucis avec les « philosophes » étant que le « peuple » les place automatiquement du côté des élites puisque justement, ils sont « diplômés » philosophes donc intellectuels, donc « pas pauvres », pas du côté du peuple! CQFD…
      Pfffffffff
      J’ai eu envie de répondre en quelques mots suivis d’un idéogramme contemporain : « Et voilà pourquoi existe la philosophie 😉 »

      Mais quand j’ai lu « le noeud du problème » fermant la boucle commencée par « sujet épineux », joueuse, il me fut impossible d’empêcher ma pensée de dire : pour qu’il y ait un noeud au problème, il faut que le problème soit un simple fil car sinon, s’il y a plusieurs fils il faudrait parler de « sac de noeuds » à moins que plusieurs fils ne constituent un… tissage… ce fameux « complexus » dont parle Edgar Morin (arghhhh, encore un philosophe et sociologue en plus, une élite quoi! )
      Bref… j’en reviens comme toujours à Tocqueville (zut, encore un philosophe… pfffff) dans « De la démocratie en Amérique « (…)une idée fausse mais claire et précise aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie mais complexe(…) »

      Et, je me sens tranquillement seule avec mon tissage inlassable de pensées multicolores 😀

      1. Frédérique

        « Merci, une fois de plus pour ta fidélité. » : je suis vraiment heureuse que tu me vois fidèle 🙂 Je vois passer les annonces de nouveaux posts sur FB mais force est de constater qu’en dehors des périodes de vacances, j’ai bien du mal à suivre le rythme. Parfois je les lis, généralement j’accumule du retard. Trop souvent je n’ai guère le temps de poser mes impressions sur le moment… je passe mes journées professionnelles devant un écran, à mes heures personnelles, je sature et j’essaie de m’en éloigner, que l’écran soit celui d’un ordinateur ou d’un téléphone malgré l’attrait indéniable de chaque billet. Bref, fidèle mais à postériori de mon point de vue 🙂

        J’ai relu ma prose après avoir lu ton commentaire. J’en ai été amusée, car ma lecture du billet a été complètement éclairée par la lumière jaune fluo. Résultat sans doute d’une discussion eue les jours précédents autour des rassemblements de manifestants qui, outre la volonté de faire entendre leur voix, trouvaient justement une autre motivation inattendue pour certains qui vivaient dans la solitude : être avec les autres, partager des moments, avoir à nouveau du lien social.

        Et du coup, je me suis éloignée du sujet et du titre « heureux qui sait être seul ». J’ai lu ton commentaire hier soir, tard. J’ai eu envie d’y répondre, mais il était vraiment tard. Mes pensées se sont néanmoins emballées, m’amenant un peu partout. Je vais tenter de les mettre en ordre.

        « Heureux qui sait être seul » : j’aime être seule, j’aspire à être seule. Parfois, je voudrais être seule et profiter de moments de silence et de tranquillité sans les bruits, l’agitation et les activités familiales.
        Du coup, je me suis demandée : « est-ce que je peux être vraiment seule, réellement seule ? » Il m’est bien arrivée parfois de vivre des moments de profonde tristesse, où j’ai eu l’impression d’être seule… à bien y réfléchir, j’en suis arrivée que je n’étais pas seule mais perdue. D’ailleurs, il m’est arrivé de me sentir seule et pourtant complètement entourée par des personnes (donc physiquement pas seule, il me semble que tu avais traité du sujet).
        Mes pensées m’ont amenée du coup sur l’identité et le groupe. Qui suis-je ? Je suis l’intersection d’une multitude de groupes. J’appartiens à un nombre incroyable de groupes : celui des humains, des femmes, des mères, des filles (dans le sens « être enfant de »), des soeurs, d’un mélange d’ethnies, des amis… j’appartiens à une cellule familiale, un village, un bourg, une région, un pays, une planète… j’appartiens à un groupe de natation, à la grande fraternité des motards (mais aussi à celles des automobilistes, des cyclistes, des piétons)… j’appartiens au groupe des actifs, des consommateurs… j’appartiens au groupe des jardiniers respectueux (ou du moins qui tentent de l’être)… etc… etc…
        Mon identité se dessine au travers des groupes. C’est tout à fait vertigineux. Et finalement je me suis vue comme tout et rien : tout car virtuellement connectée à un tas de choses et rien car « juste » une intersection, un empilage de calques (et en dessous de cet empilage, qu’y a-t-il ?).

        L’image qui m’est venue hier soir était celle d’un réseau de neurones, avec une multitude de connexions. Et du coup, je me suis posée la question « est-ce que je peux être vraiment seule, réellement seule ? ». Ben manifestement non, vu que je suis connectée à plein de trucs, même si virtuellement (et encore… pas si virtuellement que ça).
        Et pourtant je me suis sentie seule parfois. C’est là où je me suis dit que j’ai sûrement confondu ce sentiment de solitude avec le sentiment d’être perdue, déboussolée, désorientée, dans l’errance.

        Errance ! Aussitôt je fonce vers ton site préféré (http://www.cnrtl.fr/definition/errance/substantif) :
        « Étymol. et Hist. Ca 1180 « voyage, chemin » (Proverbe au vilain, p. 248, 6 ds T.-L.), rare av. 1856 (J. Barbey d’Aurevilly, Lettre à Trébutien, 12 sept. [t. 2, p. 282] ds A. François, La Désinence « ance » ds le voc. fr., p. 48 : je vous raconterai mes errances au bord de ses flots). Dér. à l’aide du suff. -ance* de l’a. fr. errer « voyager » (v. errant1), avec infl. sém. de errer* « aller çà et là ». Cf. l’homonyme errance en a. fr. : ca 1165 « incertitude, défiance » (B. de Sainte-Maure, Troie, 10453 ds T.-L.); ca 1190 « erreur » (M. de France, Purgatoire, 202, ibid.); empr. au lat. class. errantia « action de s’égarer » (dér. de errare, v. errer).  »
        En terme de définition :
        A.− Action de marcher, de voyager sans cesse (cf. errant1). « La longue errance d’Israël à travers le désert du monde touchait-elle à sa fin? (Tharaud, An prochain,1924, p. 266). »
        B.− Action de marcher sans but, au hasard. « Ne cherche plus de but désormais à tes interminables errances (Gide, Nourr. terr.,1897, p. 244): »

        − P. anal. et p. méton. [Employé gén. au plur., en parlant d’une pers.] Hésitations, tergiversations. « Ses errances de faible bonhomme (Cendrars, Lotiss. ciel,1949, p. 147). » « Le chemin [de l’âme] est plus compliqué et plus inattendu. Il comporte des errances, des reculs (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 349). »

        Puis-je vraiment être seule ? 🙂

        1. Joelle Auteur de l’article

          Que rajouter?
          Le petit détour proposé en lien dans le texte initial peut-être?
          En guise de sourire 😉

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