Le sucre, une drogue trop blanche

Un jour de fin 2008,  dans un livre tout juste publié, j’ai croisé cette prose au sujet d’une drogue blanche en vente libre : le sucre.

« Le sucre fait couler beaucoup d’encre, et brasse beaucoup d’argent!
Le sucre est une histoire moderne!
En Europe, jusqu’au 13ème siècle, le penchant naturel de l’humain pour la douceur sucrée était entièrement dépendant de la production de miel. L’Orient pourtant, connaissait ce que les croisés appelèrent «le sel indien», des cristaux bruns dorés tirés de la canne à sucre sauvage.
Le commerce de cette précieuse et luxueuse denrée détermina la richesse vénitienne au moyen âge.
Mal raffiné, imprégné de l’odeur des chameaux qui l’avaient transporté vers les ports, ce sucre n’avait que peu de points communs avec l’or blanc bon marché qui remplit nos placards et sévit dans notre alimentation!
Au XVII ème siècle, c’était encore un aliment d’exception.
Dans les familles bourgeoises, le sucrier était fermé à clef. Le chef de famille disposait du pouvoir de l’ouvrir et d’en distribuer de minuscules miettes lors d’exceptionnels desserts.

Longtemps, le sucre blanc fut vendu en pharmacie comme un médicament, il était pesé sur des balances de précision avec autant de soin qu’on le ferait pour une drogue puissante.
Son commerce, associé à celui du café, du cacao, et des épices fit le lit de l’esclavage et du commerce des hommes…

Ainsi commence l’histoire du sucre!

Qu’il s’agisse de médecine ou d’industrie, tout s’accélère au 19ème siècle, de manière vertigineuse et jusqu’à nos jours.
Napoléon, en déclarant le blocus continental a forcé la recherche dans de multiples domaines, dans celui du sucre en particulier, car c’est pour éviter d’en manquer que s’implanta la betterave à sucre. Depuis lors, le coût de cet aliment a considérablement baissé, le mettant à portée de tout un chacun.
Il continu cependant d’alimenter le commerce et les spéculations, à l’instar de toutes les drogues dures!

Est-ce ce passé qui continue à éveiller les méfiances autant que l’attachement?

Nous savons tous qu’il faut éviter le sucre qui alimente la prolifération des bactéries cariogènes dans la bouche, qui favorise l’obésité et la survenue de diabète type 2 (non insulino-dépendant). Nous savons, tout aussi bien, que le sucre est antalgique et qu’il est utilisé en pratique, sous forme de tétine sucrée, pour permettre aux nourrissons de mieux supporter les soins douloureux! Et puis, nous avons tous, un jour ou l’autre, été irrésistiblement attirés vers la douceur sucrée à l’occasion d’une légère déprime ou d’une profonde lassitude.

Parfois, à la lumière de l’histoire autant que de l’actualité, le sucre me donne l’impression d’être une drogue en vente libre! »

Impossible de me remémorer du nom de l’auteur, je n’ai plus ce livre en stock et je ne peux donc pas fournir les références comme je prends soin de le faire d’habitude. Le fait est qu’il était bien question d’une drogue en vente libre et c’est ce qui m’avait fait lever l’oreille.

Hier soir, dix ans plus tard, comme il n’y avait rien à raconter au JT, il fut question d’un chercheur du CNRS qui aurait publié au sujet de souris préférant se shooter au sucre plutôt qu’à la cocaïne, comme si le sucre était une drogue plus puissante et plus addictive que la « coke ».

Ca m’a fait rire!

Cette histoire de sucre, j’en suis la piste depuis l’adolescence. J’adorais écouter la radio et j’étais fidèle à la voix d’Anne Gaillard, une sacrée bonne femme qui avait une longueur d’avance sur son temps! Le sucre était un de ses chevaux de bataille, elle accusait les industriels d’en majorer insidieusement la quantité dans les yaourts. C’était dans les années 1970, nous étions loin des interminables rangées de produits lactés hyper sucrés aujourd’hui proposés! Le dopage de masse était pourtant en marche !

Le sujet est resté un sous-marin sensible qu’il faut éviter de faire exploser vraiment.

En juin 2017, c’est encore un journaliste qui publiait « sucre. Enquête sur l’autre poudre ».
Une autre journaliste surfait sur cette publication pour écrire dans l’Obs :
« Devinette : qu’est-ce qui est plus addictif que la cocaïne, plus rentable que le tabac, plus excitant que l’alcool et plus mortel que les trois réunis ? Réponse : le sucre. Dans un essai percutant, « Sucre. Enquête sur l’autre poudre », le journaliste Bernard Pellegrin recense les ravages de ce doux poison. Biberonnés dès l’enfance au goût sucré avec la complicité des lobbys de l’industrie agroalimentaire, nous avalons tous les jours l’équivalent de 40 morceaux de sucre, soit 20 fois plus qu’un ouvrier parisien au début du XXe siècle, et six fois plus que les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). »

Bon… Rendons aux journalistes leurs interprétations et le manque parfois criant de rigueur scientifique quant à la source des chiffres annoncés.

Et… notons néanmoins que pas grand monde ne bouge.
Normal, tout le monde est drogué! Tout le monde ou presque.
Pourquoi alors suivre les moutons noirs qui refusent de marcher derrières les braves moutons blancs abreuvé à la blanche source?

Donc « on » fait rien.
Ca fait des lustres que tabac et alcool sont considérés comme assez dangereux pour être interdits aux enfants, je parle même pas d’une herbe encore officiellement interdite aux adultes, donc aux enfants.
ET… Pendant ce temps, le sucre est partout, invité à toutes les fêtes, particulièrement présent lors des goûters enfantins.
Tout va bien.

Ah oui, le « truc » le plus fou de l’histoire!
Afin de protéger l’avenir, donc les nouveaux-nés…
Et bien, afin de les protéger, il est d’usage de faire avaler à leurs mères (lorsqu’elles sont considérées comme à risque d’addiction et seulement dans ce cas), il est donc d’usage de gaver ces mères avec une bonne dose de poudre bien pure afin d’évaluer la réponse métabolique qui suit. On sait pertinemment que le sucre passe la barrière placentaire et que le foetus prend sa dose à chaque shoot, mais il existe des « shoot thérapeutiques », c’est la grâce de la toute puissance médicale que de savoir manier sans arrières pensées la carotte et le bâton.

La cerise sur le gâteau (bien sucré l’ensemble, of course), c’est que lorsque la réponse métabolique de la brave dame enceinte « médicalement » shootée à la poudre bien pure ne plait pas à ses juges, considérant qu’il est impossible d’éliminer la drogue en vente libre et présente dans tous les aliments manufacturés (y compris dans le saucisson, c’est dire…), il est commun de lui prescrire un produit dopant qui facilitera la « digestion » de la drogue, limitant théoriquement l’apport au foetus.
Drogue.
Médicament.
Surveillance.
Tout ce qui fait marcher le commerce… en somme!

Pfffff!

2 réflexions au sujet de « Le sucre, une drogue trop blanche »

  1. Sauf-i

    Quand tu parles du « sucre, une drogue trop blanche », on est bien d’accord qu’il s’agit du sucre raffiné ?
    Que penser du régime low carb, qui consiste à limiter de façon drastique toute forme de sucre de son alimentation, qu’il s’agisse de glucose, fructose, glucide… ? (en dehors du fait que c’est un régime, etc…)

    Répondre
    1. Joelle Auteur de l’article

      Un drogue, par définition est une substance toxique. Il est courant d’utiliser des substance toxiques dans la pharmacopée et dans ce but, les laboratoires modernes réalisent leur extraction industrielle en partant des plantes (le plus souvent) qui les synthétisent dans la nature. Ainsi, l’homme sauvage pouvait croquer dans une feuille de coca ou déterrer une racine sucrée et ainsi ingurgiter du « toxique » sans en pâtir. en l’absence d’industrialisation, qu’il trouve ses « aliments » à son goût et qu’il en devienne addict et sa vie devient impossible car passer la journée à cueillir et manger des feuilles de coca ou passer sa journée à cueillir manger des racines riche en sucre, c’est un truc qui fout la vie en l’air.
      Par « bonheur » aujourd’hui, aucune énergie physique (ou presque) n’est nécessaire pour se procurer la drogue, le concentré tiré industriellement à grand renfort d’énergie des plantes crées par la nature. Avec 458kg de feuilles de coca, il est possible d’obtenir 1kg de cocaîne ultra pure – Avec 6,25 kg de betterave à sucre (8,69 kg de canne à sucre), il est possible d’obtenir 1kg de sucre pur.
      Les chiffres sont sans appel, la betterave sucrière offre un si bon rendement que le prix du sucre est sans commune mesure avec celui de la coke. C’est la seule différence entre les deux poudres.
      Et oui, je parle de poudre.
      Je parle de poudre allègrement saupoudrée à moindre coût : moindre coût financier et moindre coût en terme d’énergie physique dépensée pour celui qui saupoudre.

      Mais, reprenant le raisonnement dans l’autre sens au sujet du sucre (sujet du billet), il faut considérer lors de chaque ingestion le rapport énergie dépensée/ énergie consommée. La quantité de sucre notée sur l’étiquette est un leurre pour qui a compris l’ensemble de l’histoire. Lorsque, par exemple, nous commandons au drive du coin un litre de jus d’orange (pur et naturel of course, et même bio, c’est encore mieux), nous dépensons des watts (unité internationale de flux énergétique) pour la vitalité de notre PC ou de notre smartphone et aussi pour l’hébergement des sites et aussi pour etc, etc… et puis nous dépensons ensuite du carburant pour aller sur le parking du Drive, pour en revenir et puis peut-être encore des watts pour conserver le précieux jus dans le réfrigérateur… Bon, je fais court et non exhaustif, la dépense d’énergie est formidable mais physiquement, elle est tout à fait négligeable. Pourtant il est commun de boire un grand verre de jus d’orange avec bonne conscience, en se disant que c’est vraiment mieux que du soda.
      Reprenons un « homme sauvage imaginaire » : si par chance il y a un oranger dans son environnement, il peut aller cueillir une orange et si le jus est une gourmandise, il peut même l’extraire du fruit cueilli et le boire : il est probable qu’il aura une ou deux gorgées pour en jouir. Cependant il aura dû marcher, tendre le bras, trouver un outil, dénicher un contenant, presser le fruit et probablement se frotter les mains pour les remettre à sec avant de pouvoir s’en délecter.
      Je suis obligé de caricaturer pour faire cours, l’idée est là : le problème aujourd’hui, c’est l’abondance de drogues en vente livre et je peux presque ajouter que lorsque l’industrie les vend en poudre, le lait, le gluten ou le blanc d’oeuf se retrouvent transformés en drogues! Et ces drogues sont un jour vendues bien enrobées sous des formes alimentaires qui tuent à petit feu.
      Je dis souvent que la face du monde a basculé le jour où le lait en poudre est devenu moins cher que le lait sortant du pis de la vache.
      C’est un fait.
      Et quand je lis ce que proposent tous les régimes magiques promettant une perte de poids sans effort, je reste sans voix.
      Car qui, simple humain fonctionnant à l’énergie humaine peut envisager de courir après les poules (deux oeufs) tuer et saler un cochon (une tranche de jambon) traire une vache et mouler un fromage (30g de fromage) pour le petit déj puis tuer et dépecer un boeuf (200g de steack) avant de reprendre 30g du fromage déjà prêt en fin de déjeuner, s’enfiler cinq-six tranches de viande séchée prises sur un boeuf sacrifié depuis longtemps et soigneusement conservé dans un lieu consciencieusement construit à cet usage avant d’engloutir un autre morceau de fromage au goûter avant d’engloutir au diner le saumon péché dans le torrent sans oublier de terminer le fromage entamé le matin?
      C’est possible pour qui travaille pour un salaire conséquent (souvent c’est un boulot intellectuel) possède une voiture et commande au drive d’un supermarché. Effectivement, il faut dépenser beaucoup d’énergie, mais il n’est presque pas nécessaire de lever le derrière d’un siège!
      Or, le seul, l’unique, le moyen royal et indiscutable pour éliminer la graisse qui nous étouffe, c’est de bouger, bouger, bouger encore, faire de l’exercice physique et bouger encore!
      Eplucher une carotte c’est de l’exercice, la croquer et la mastiquer en conscience c’est de l’exercice ; boire du jus de carotte en boite, c’est du gavage trop sucré!
      Choisir une pomme, la laver, la couper en quartiers, l’épépiner, croquer sa chaire et mastiquer autant que nécessaire pour que la peau soit réduite en purée, c’est de l’exercice ; boire du jus de pomme bio, c’est du gavage trop sucré!
      Couper une belle tranche de pain au levain dans un gros pain doré sans se couper les doigts au couteau à pain, la recouvrir d’une fine couche de confiture (faite maison avec des fruits cueillis maison), l’emboucher et mastiquer longuement afin de mie épaisse se fonde avec la croute solide, c’est de l’exercice ; tartiner de la confiture à gogo sur du pain de mie blanc c’est se gaver de sucre!
      J’arrête là!

      Pour le fun, il est possible de m’imaginer debout sur un tabouret en train de haranguer la foule à grand renfort de mouvements de bras pour lui délivrer avec passion ce si simple message! Rire aux éclats, c’est aussi de l’exercice physique! 😀

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