9 août 2018

 Pluie est un mot liquide, et pas seulement parce qu’il parle d’eau.
(…)
Les averses, les tempêtes, on s’en méfie, on pense au pire, mais cette petite pluie-là, opiniâtre, discrète, qui tapote, indifférente, comment savoir ce qu’elle nous réserve ?
Anne Sylvestre, Coquelicot et autres mots que j’aime, Editions Points, 2014,
ISBN 978-2-7578-3038-3

La pluie était tombée toute la nuit.
Elle était bien présente le matin.
Elle tombait, droite comme un paquet de « i » dans le jardin dépourvu du moindre souffle.
Elle tombait sur les feuilles,
Puis les feuilles la laissaient tomber,
En gros « ploc » sur le sol gorgé d’eau.

La pièce vestimentaire la plus indispensable dans ces conditions, c’est la casquette.
La casquette avec la visière portée juste au dessus du nez, histoire de garder le regard clair sans ciller.

Il avait tant plu, il y avait tant d’eau que je n’avais pas la moindre envie d’aller voir l’océan.
J’ai pris la direction de Haiku.
Sitôt sortie du dédale des rues secondaires, à peine avais-je posé trois pas sur la rue principale qu’une voiture s’arrêtait à ma hauteur.
« Vous allez où ?
– Par là.
– Vous allez à Haiku
– … Oui
– J’y vais aussi, montez »
(traduction automatique par joellejbjt)

C’est quand même super cool de se trouver prise « en stop » sans faire de « stop », non ?
j’avais pas vraiment prévu de commencer ma journée avec une visite au supermarket, mais c’est là que j’ai demandé au gars de me poser, il fallait bien trouver une destination, non ?

Une fois sur le parking, j’ai fait marche arrière car j’avais deux choses à voir sur la route :
– un centre de « bien-être » tellement typique du coin, tellement « hippie-like » et tout à fait de notre époque en même temps que je m’étais promis d’y faire un tour histoire d’en respirer l’atmosphère. Qu’en raconter ? Rien. Les tarifs sont américains et les bienfaits vantés sont à la hauteur du mal-être qui vient les chercher : il suffit d’y croire. Un gars m’a fait visiter, m’invitant avec force conviction à découvrir la session méditative du samedi. J’ai poliment répondu par un sourire de non-intérêt.
– un moulin en ruine.
D’abord, je pensais que c’était un moulin à eau puisque j’entendais un torrent gambader à proximité. Mais, j’avais tout faux, il fut un temps où ce fut un « moulin à sucre », de 1861 à 1879 exactement. Ignorant tout ce qui faisait la renommée de ce lieu, je suis crânement entrée dans la propriété, la tête haute sous ma casquette dégoulinante, le tee-shirt trempé collant vaillamment à mes formes vieillissantes, marchant allègrement au son harmonieux de mes tongs gorgés d’eau. J’ai vu passer une tête derrière la porte de la maison où un immense « closed » était affiché, je me suis agitée pour attirer l’attention et j’ai obtenue 15mn de laisser-passer pour aller visiter. « 15mn, pas plus. Vous comprenez, le propriétaire est là, il ne faut pas le déranger! » Mais, oui, je comprenais fort bien, j’étais dans la place alors que je n’avais rien à y faire et j’étais tout à fait ravie.

La pluie était tenace, après être re-tournée « en ville » m’offrir une canette de « kombucha », j’ai re-pris la direction de mon gite.

Il pleuvait toujours quand je suis re-partie avec l’idée de faire du « lèche vitrine » à Païa.
Guère motivée pour déambuler le long de la grand-route trempée, j’ai levé le pouce au premier carrefour et la première voiture passant s’est arrêtée.
A bord, deux suisses allemands d’un âge plus avancé que le mien s’en allaient à la capitale.
Leur voiture était d’un âge aussi avancé qu’eux ou presque.
Ca fait quarante ans qu’ils ont débarqué dans le coin sans le quitter… Des hippies devenus vieux, quoi !
Je n’ai pas osé leur demander de quoi ils avaient vécu, ni de quoi ils vivaient maintenant.
J’aurais pourtant aimé en savoir plus.
J’ai pas osé.
Rien, ni dans leur apparence, ni dans l’aspect de leur vêtements, pas plus que dans la vision des banquettes usés de leur guimbarde ou du sac élimé qui y  gisait, rien ne laissait transparaitre la fortune. Mais, ils avaient une voiture et aussi une vraie maison, donc c’était des gens « normaux » : des Suisses allemands de Maui !
Ils avaient sans difficulté repéré mon accent français, j’avais sans problème entendu le brin d’accent allemand  et c’était vraiment le top pour les comprendre, car il faut bien avouer que parfois j’avais du mal avec l’anglais-américain bizarrement aboyé par les locaux.

J’ai « fait » toute les boutiques sans rien acheter.
J’avais zéro inspiration, même en essayant de penser aux incontournables souvenirs.
J’ai « fait » le temple boudhiste sans jouer avec la roue bien centrée dans la « stuppa » dénuée de sens pour moi mais en allant regarder la bibliothèque fort dépourvue, ma foi.
J’ai dédaigné les divers comptoirs à nourriture, trop bondés, trop bruyants.
Décidément, je n’avais rien à faire dans ce village pourtant charmant.
Si la rue principale de Paia ressemble à un décor de western spaghetti, et si à ce titre je la trouve plaisante, ce jour là j’étais vraiment étrangère à tout ce que j’y voyais.

L’effet de la pluie, sans doute !

La pluie!
Elle devenait intermittente.

Arrivée « chez moi », en levant les yeux, je pouvais voir une déchirure bleue dans le ciel.
Le soleil s’y coucha dans sa plus belle parure, incandescente, mordorée, parcourue d’éclats d’or pur laissant s’afficher quelques zébrures d’un vert à nul autre pareil.

Amusée, je pensais déjà à demain, je me voyais dans une « petite voiture économique », défilant au milieu des gros pick-up, sur le ruban d’asphalte.
Amusée, je revoyais en flash ces trois journées « entre-parenthèse » où la dépression tropicale s’était immiscée,  arrosant copieusement mes tentatives d’exploration lente, comme elle aurait pu le faire consciemment si elle avait désiré les éteindre.

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