29 juillet 2018 (1ère partie)

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Il est alors possible d’avancer que l’effort, comme tension d’une intention et d’une volonté vers un but, participe de cette interprétation du monde que nous faisons à chaque instant, c’est à dire de cette subjectivation, au-delà, ou plutôt en deçà des résultats, des données statistiques, des attentes objectives ou des présupposés idéologiques avec lesquels il a ensuite partie liée. L’effort comme tension vers l’avenir est une expression de notre liberté, indépendamment des obstacles rencontrés. Nous ne sommes pas sûrs de réussir, mais nous sommes engagés.
Isabelle Queval, Philosophie de l’effort, Editions Nouvelles Cécile Defaut, 2016, ISBN 978-2-35018-3879

Nos sommeils furent sommaires.
Entassés à six dans une pièce prévue pour trois, nous avions laissé tout ouvert comme pour agrandir l’espace.
Bruyant, le silence avait envahi la nuit claire, enveloppant l’ensemble des concurrents rassemblés autour de Kepuhi Beach.
J’ai dormi en pointillé, évitant tout mouvement susceptible de stimuler les antennes d’E.T qui était mon plus proche voisin. J’ai patiemment attendu que l’heure sonne.
Elle ne sonna point, l’agitation des autres concurrents, dans les autres logements, fut un signal suffisant pour notre chambrée.

J’ai maintes fois vécu ces petits matins où l’heure attendue depuis des mois est à l’approche, où soudain tout s’accélère et se ralentit en même temps, où il faut s’activer avant l’aube, se dépêcher, se précipiter pour finalement attendre, patienter, ne rien faire et s’occuper en attendant la délivrance du départ.

Ce matin là, j’étais seulement présente. Intensément présente à ce qui se déroulait sous mes yeux, entièrement disponible, instantanément prête à répondre aux besoins de ceux qui s’agitaient. J’étais prête, j’étais venue « pour ça ».
Autant, généralement, une personne qui se prépare pour un challenge se renferme, se concentre sur elle-même et sur son objectif, autant j’avais envie de devenir à la fois hyper transparente et à la fois hyper efficace en cas de besoin. C’est difficile à expliquer…

Il a fallu se jeter à l’eau pour rejoindre le bateau qui allait suivre E.T durant sa traversée.
Lui-même avait prévu de venir saluer la capitaine, lui donner les dernières recommandations « Prendre le cap le plus direct « , ce qu’il fit avant de rejoindre la poignée de gars qui participaient en SUPfoil.

Une fois à bord, S. et moi n’avions plus qu’à attendre le départ. Malgré l’arrivée tardive du bateau, nous étions prêts à temps, quelques minutes avant la première vague de départ (Les prones-paddle partaient en premier, puis les SUP partaient 30 mn plus tard, puis les SUPfoil 30 mn après).

C’est alors que S. demanda : where is the tracker?
Il n’avait pas terminé sa phrase que je voyais E.T le mettre à son cou avant de quitter la chambre.
Il est autour du cou d’E.T, il faut vite aller le récupérer, il faut aller vers la plage!

Le capitaine n’eut pas d’autre choix que de s’exécuter.
Le moteur tournait encore, qu’oubliant toute prudence, je sautais déjà à l’eau, nageant à en perdre haleine puis courant vers E.T interloqué.
« Tu as gardé le tracker autour du cou!
– Ah, oui, j’ai oublié! » répondit-il en me le tendant illico.
Ce fut pour moi l’occasion de lui lancer un regard encourageant , un regard silencieux de « maman » avec toute la puissance que je pouvais y mettre.
Et hop, je me jetais à l’eau pour la troisième fois de suite. A peine avais-je posé les pieds sur l’échelle du bateau qu’il mettait les gaz pour sortir de la zone de départ. Le décompte de la première vague était déjà lancé.

A suivre…

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