13 août 2018


La manne est ce Réel
Qui surgit dans le silence du monde
Et qui le nourrit d’inquiétude dans sa hâte de nommer.
Si l’identité de l’homme
Est d’être une question
Il ne peut être nourri véritablement  que d’une autre question.
Dire oui à cette question
A la soif du jour
C’est ce qui nous tient en marche
Dans le désir de la source.
Jean-Yves Leloup, Déserts, Le Fennec Editeur, 1993, ISBN 2-910297-00-4

Combien de fois ai-je entendu  : « je vois pas trop l’intérêt de marcher longtemps dans ce paysage, c’est toujours pareil. Deux minutes, c’est bien et après c’est trop » ?
Je comprends tout à fait.
Mais,
J’aime et j’ai besoin de ces paysages quasi 100% minéraux.
C’est dans ces coins que je me retrouve le plus facilement en équilibre entre mes paradoxes.
Après avoir respiré sur les sommets de « la maison du soleil », tout naturellement j’avais envie de retourner sur ses pentes et d’en arpenter les fleuves de lave.

Sitôt la voiture garée, je suis partie à l’opposé du chemin indiqué le long de la côte.
Très vite j’étais au milieu de nulle part, petite chose vivante au milieu des blocs, des tunnels écroulés, des failles et des amoncellements de lave torturées par leur mise au monde.
Malgré l’âge de la coulée, tout est encore parfaitement lisible et j’ai une immense fascination pour ce genre d’écriture.
Dans les creux, gisent parfois des os blanchis.
Sur les sommets, les traces du passage des chèvres sont parfois fraîches.
J’ai voyagé dans ce monde jusqu’à ce que la chaleur me terrasse.
Economisant mon eau aussi longtemps que possible, je limitais de fait mon hydratation et rien dans ce paysage noir ne favorisait la moindre fraicheur. Vint l’heure où il fut temps de sortir de ce paradis infernal.
J’ai tiré droit vers le chemin comme j’avais tiré droit vers la source, escaladant souvent, me réjouissant des boulevards lisses parfois offerts par les ponts de lave, testant chaque bloc avant d’y poser le pied, aucun n’étant stabilisé, et je suis arrivée sur « le » chemin ancestral (the kings highway, inchangé depuis le 19ème siècle), heureuse de le trouver aussi bien pavé alors que je l’avais trouvé tellement mal pavé au départ.
Tout est tellement relatif.

J’y ai croisé deux françaises du Canada qui cherchaient le moyen de rattraper la plage. Mon accent m’a trahie dès le début de l’explication et c’est en français que nous avons ensuite échangé. Je leur ai demandé de l’eau, elles en avaient assez pour partager.

Téméraire,  je suis allée me rafraichir dans une des ces piscines naturelles qu’il convient d’observer un bon moment avant de s’y prélasser. Certaines sont très dangereuses lorsque survient « la vague » qui les submerge. Venue d’en dessous, le flot qui possède l’énergie suffisante pour « monter », possède aussi une belle puissance de balayage et hop, il est capable de tout déménager trois mètres plus bas, là ou le jacuzzi naturel s’entête à  réduire en sable les rocs les plus solides.
La première venue était trop belle pour être honnête, la suivante était parfaite.

Sur le parking, perché sur le plateau de son pick-up, un gars récoltait du miel.
La chaleur était telle que le précieux nectar coulait sans se faire prier au fur et à mesure du passage de la raclette sur les fragiles alvéoles de cires collées sur les cadres.
Le gars était complaisant et j’ai pu me régaler de ce « miel en rayon » que j’aime particulièrement, le mélange « cire-miel » étant à mon goût un des « trucs » les plus de gourmands que je connaisse.

Le vent s’étant levé, le spot de « snorkeling », en bordure de réserve, était déserté.
J’ai cependant visité une fois de plus, émerveillée encore par la beauté des coraux et la multitude de poissons qui s’y promène.
Enfin, il me restait à trouver un club de pirogue « pas pour touristes ».
J’avais envie de ramer et mon séjour tirait à sa fin, j’étais motivée pour « demander », c’était le moment ou jamais.
Après avoir trouvé celui que je cherchais, j’ai fait route vers ma case.
La première chose que j’ai faite une fois au cottage fut d’envoyer un courriel au président.
Sa réponse fut immédiate : « RV à 7h sur la plage et on vous embarque »

Le début du lendemain était « programmé »!

 

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