10 août 2018


Non, non, ne me demandez pas : « Avez-vous trouvé quelque chose ? » Parce que sûrement, je n’ai rien trouvé pour vous. Car je sais fort bien ce que signifie votre question : « Avez-vous trouvé une mine d’or, les émeraudes des Gamarantes, l’escarboucle engendrée, comme nul n’en ignore, de l’urine du lynx, une source de cognac, un puit de pétrole ? »
Ai-je deviné juste ? Oui ? Je m’en doutais. Votre « quelque chose » doit être du merveilleux ou du profitable.
Théodore Monod, Méharées, Acte Sud 1989 (première édition Je sers, 1937)
ISBN 2-7427-0134-6

En aparté : Celles et ceux qui m’ont déjà croisé ont inévitablement, un jour ou l’autre, entendu mon admiration infinie pour T.M.
Admiration, oui.
Le « monde » ne l’a connu que vieux puisque sa notoriété commence seulement en 1989 (voilà pourquoi « Méharées » est ré-édité cette année là) suite à un téléfilm.
Je n’en dirai pas plus, il y a toujours tellement de souvenirs et d’émotions qui s’emmêlent lorsque j’évoque ce savant d’un autre âge.

Donc.
J’avais rendez-vous à 8:30 avec mon hôte afin de profiter de son trajet vers son « wind-shop » pour me rendre à l’aéroport où se trouvent tout les loueurs de voiture.
Et je me suis rapidement trouvé au volant d’une immense voiture cinq portes, pourvue de sept sièges et consommant certainement au moins 12l pour 100km. Bref… « Petite voiture deux portes économique » dans ce pays, ça n’existe pas même si c’est le tarif qui était appliqué!
Vu que j’avais refusé la multitude d’assurances complémentaires, il m’a fallu un temps de digestion avant de desserrer les fesses et de conduire allègrement ce carrosse.
Blanc, le carrosse ! Ca c’était cool, ça m’économisait la clim! Oui. Parce que le carrosse noir chauffé à blanc par le soleil tropical, je vous explique pas…

Il a fallu que je repasse par la maison pour manger un peu après la dégoulinade d’adrénaline nécessaire à la conduite éveillée de ce véhicule tout automatique bourré de haute technologie.
Et je suis partie en direction d’un jardin botanique, au coeur de l’île, sur la pente ouest du Haleakala.

J’espérais y trouver le nom d’espèces inconnues, une histoire botanique locale, quelque chose dont j’ignorais tout.
Las, malgré l’élogieux descriptif, je n’y ai rien trouvé de ce que je cherchais. C’était joli, bien agencé, bien entretenu et sincèrement je rends hommage au créateur, jardinier des lieux. Mais tout aussi sincèrement, je fus déçue de ne trouver que des plantes et des arbres que je connais déjà. Est-ce parce que ce sont définitivement les mieux adaptés, les plus spectaculaires ou est-ce parce que l’âge avançant les collections déjà rencontrées sont nombreuses?
Je ne sais pas.

Il fallait décider d’une nouvelle direction.
Je me suis assise au volant et j’ai réfléchi un court instant avant de partir à la découverte.
Il y avait une route que j’avais aperçu un jour, d’en bas, et qui me tentait fort.
En dépliant la carte de l’île, je m’aperçus que j’étais déjà dessus, il suffisait de la suivre pus loin.

Suivre plus loin.
What else.

En quelques kilomètres, je suis entrée dans un autre monde.
Un monde désert.
La route se déroulait comme un long ruban gris, jamais plat, parfois très tortueux, parfois ondulant de manière espiègle, comme un simple ruban posé à même le sol au gré de sa fantaisie.
Wahooooooo.
Je sais pas quoi dire.
J’étais seule, j’étais une princesse motorisée au milieu d’un paysage qui me procurait des émotions sans nom. Le volcan, l’océan tout en bas, une végétation de plus en plus « brulée », des arbres dont j’ignorais l’existence avant ce jour, un silence puissant lorsque je m’arrêtais.
Wahooooooo.
Les rares habitations croisées en bordure du chemin étaient visiblement celles de « plus autochtones que ceux d’en bas » avec les habituelles carcasses entassées devant des cases assez piteuses.

Après des kilomètres en montée, ce furent des kilomètres en descente vers un océan au combat avec la lave noire.
J’ai trouvé un espace pour garer la voiture et un passage vers le rivage.
J’aurai pu rester des heures dans la petite crique où retentissait le vacarme de la bataille. Coincés sous les orgues de basalte, d’énormes galets roulaient sous chaque assaut des vagues, ils étaient les témoins de la puissance du flot sur le feu.
L’océan était bleu marine, l’écume blanche était une dentelle accroché d’éphémère sur le noir profond du sable mouillé.
C’était un jour calme, les ondulations propagées par Hector n’avaient pas eu accès à cette côte là.
C’était un jour calme et pourtant, je n’aurais pas tenté un seul orteil dans l’eau.

J’ai « volé » un peu de ce sable ténébreux. Il est là, sous mes yeux, enfermé dans un flacon de verre, prisonnier qui me raconte la vie, la liberté, les risques de la vie, la mort, l’allégresse et la tristesse, chaque grain ayant son histoire.

Plus loin, la route était une piste et rejoindre Hana n’était pas une idée qui me faisait rêver.
Je suis revenue par le même chemin.
Toujours aussi seule.
Toujours sous la même dose d’émerveillement.

Quelle journée!

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