Le jardin et la politique


Et hop, dès ces quatre mots posés en guise de titre, mes réflexions s’envolent dans tous les sens alors même que j’imaginais pouvoir ainsi les contenir sous un seul angle.
Car qu’est que le jardin?
Est-il préférable d’utiliser l’article « le » ou l’article « un », et pourquoi pas « les » ou « des »?
Car que signifie le mot politique et d’où vient-il?
Est-il préférable d’y adjoindre un article? Défini ou indéfini?
Car pourquoi utiliser une conjonction de coordination?
Laquelle?
Est-il préférable d’utiliser un signe de ponctuation?
Lequel?

Quatre mots et tant de possibles, tant de visions, cent différences, autant de semblances,
Aucune certitude.

Pourtant je répète que le jardin est un livre ouvert.
Mon livre préféré.
Avec celui de l’océan
Et celui du vent et du ciel
Et tous ces livres où l’ombre et la lumière interdisent
Une lecture en noir sur blanc.

J’imaginais être en mesure d’aborder « le jardin et la politique » comme j’aborde une plage, simplement en pointant l’étrave de ma pirogue dans la « bonne direction », puis en ramant avec détermination.
Las.

Pourtant, ce matin, me sentant despote en pleine possession de mon règne sur le jardin, j’étais au coeur du chapitre politique du ce grand livre.
Sans cesse,  je déplace des populations, j’en détruis certaines, j’en contiens d’autres dans de jolis pots brillants, je rase, je dédaigne, je non-respecte, je protège, je valorise, je porte aux nues je voue aux gémonies, etc.
En deux mots : je règne.

Et si je règne… C’est évidemment pour « le bien » de cette communauté végétale…
Enfin, c’est pour leur bien, parce que leur bien est mon désir, mon plaisir, mon besoin.
Pfff, encore des mots à définir, à préciser, des mots que je joue à pile ou face sans savoir d’avance sur quelle face chacun les verra tomber.

Quelle aventure.
Et, Ô combien j’admire parfois les personnes qui n’ont que noir et blanc dans leur vocabulaire.
Noir et blanc, bien et mal, oui et non.
Et, Ô combien dans le même instant, je suis en joie de n’avoir pas d’autre choix que de ramer sans cesse.
Ramer vers plus loin, vers l’inconnu,
Poussée vers d’inabordable rivages,
Aventurière de cap en cap,
Me délectant de baies accueillantes et de courants contraires, d’eau limpides et de vagues déferlantes,
Inexorablement en mouvement,
Je reste vivante.

3 réflexions au sujet de « Le jardin et la politique »

  1. KaMaïa

    Ah j’adore ces questions et reflexions ! Je fais partie des personnes qui ont eu le souffle coupé d’admiration quand elles ont vu ton jardin. Un jardin « l’air de rien », presque « désinvolte » mais dont il est évident qu’il est travaillé, entretenu, savouré. Et un délice pour les yeux. Un jardin aimé en fait finalement.
    Un jardin qui fait partie intégrante de l’espace de vie, ça m’avait vraiment marquée la première fois.
    Du coup que tu poses des mots où je vois une interrogation ou au moins une reconnaissance de la nécessité d’être despote pour jouir de son jardin, je trouve que ça m’amène à plein de réflexions.

    A commencer par mon rapport à mon propre jardin, espace de pelouse artificielle, plantée (mal) par un promoteur-lotisseur, entouré de bébé-buissons de future haie quasi étouffés par les écorces disposées à leur pied et doté d’un arbre unique, non-identifié (parce que je n’y connais rien), mais un jardin où j’ai re-semé de la pelouse là où il y avait trop de trous, où je tonds, où je surveille que les buissons repartent en végétation, ainsi que cet arbre unique où j’ai été heureuse de voir apparaitre des feuilles récemment, où je veille sur le pommier en pot que j’ai apporté de mon précédent logis, où j’ai ajouté d’autres pots, framboises, laurier-fleur, pied d’oseille (planté, déplantée, replantée dans mes lieux de vie successifs depuis 15 ans et cette fois-ci, mise en pot).
    Comme je n’ai pas le droit de le « travailler » ni d’y planter quoi que ce soit, j’y ai ajouté des pots, des végétaux en pot entre les bébé-buissons qui n’ont pas encore grandi. Ça donne un jardin absolument pas sauvage, absolument pas spontané, totalement étrange car complètement artificiel.
    Un jardin FIV, presque. Bien loin du tien, qui certes est « travaillé », policé ou politisé, mais tellement harmonieux.
    Mais quand même, un jardin, c’est mieux que si je n’en avais pas !

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  2. Frédérique

    Comme souvent, un billet qui tombe à point 😀
    Car justement j’ai passé du temps dans mon propre jardin, à jouer les destructrices d’adventices (sans remords ni pitié) mais aussi de jeunes chênes (là, c’était émotionnellement plus compliqué… j’ai tué des bébés arbres…). J’ai désherbé, gratté, étalé des écorces de pin, taillé un peu, admiré beaucoup les plantes que je protège.
    Moi aussi je joue aux despotes. Pour leur bien ? Ou plutôt pour mon bon plaisir. Car bon nombre de plantes n’ont pas choisi d’être là, je les y ai amenées, parce qu’il me plaisait qu’elles soient là. Seuls les fameux petits chênes que j’ai déracinés se sont installés sans mon aide. Et de jeunes lauriers. Et bien sûr les adventices.
    Je règne sur une partie du jardin, celle qui est la plus accessible pour moi. D’autres parties sont plus sauvages. Je règne et je décide qui vivra, qui mourra. Je suis un vrai tyran 😀 J’ignore si c’est une belle image de la politique !

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    1. Joelle Auteur de l’article

      Merci infiniment pour cet écho!
      J’ignore de mon côté quelle image de la politique est ainsi offerte, mais je sais que mon questionnement est intense à l’épreuve de l’expérience.
      Et je sais aussi que sans questionnement la vie s’étiole inexorablement.
      A plus loin, chère amie jardinière
      🙂

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