Les voiles dehors

Brassage de photographies anciennes.
Anciennes?
Pas plus loin que le siècle dernier, autant dire que je ne remonte pas au moyen-âge.
Et c’est dans nos bonnes régions de France que je me balade, pour les deux images affichées, c’est précisément en Loire-Inférieure, précisément où je vis actuellement.

La jeune fille en blanc est devenue une arrière-grand-mère qui commande ses courses en tapotant sur sa tablette. C’est une femme coquette qui n’hésite pas à dénuder ses bras et son décolleté lorsque l’été est là.
La grand-mère aux cheveux soigneusement tirés sous la petite coiffe, elle, s’en est allée depuis longtemps sans jamais connaitre ni ses arrières petits-enfants ni la joie des réseaux sociaux au bout des doigts.

J’entends souvent le monde parler autour de moi et ce qui revient au sujet des apparences vestimentaires, c’est un leitmotiv : « d’abord, je fais comme je veux »

C’est que depuis une époque lointaine où j’ai habité (Et oui (soupir)  Je suis carrément préhistorique! ) beaucoup de choses ont changées.
Sérieusement, je vais rester dubitative quant à la « libération » des femmes. C’est tout juste si l’apport de la contraception chimique légale ne les a pas propulsées d’un enfermement à l’autre, de l’obligation de la reproduction à l’obligation de jubiler dans les jeux intimes du mélange des corps.
Inutile de s’aventurer sur ce terrain miné.

Surtout, ce qui a changé, c’est la multiplication des boutiques de mode.
C’est la multiplicité des courants.
C’est l’internationalisation des inspirations.
C’est la réalité de la consommation à moindre coût.

Un « truc » était impossible dans le monde préhistorique des femmes présentées en photographie, comme dans celui de mon enfance, ce « truc » c’était le choix vestimentaire.

On portait ce qu’il y avait, ce que savait coudre la couturière du coin, ce que raccommodait la mère, ce qu’ajustait la grand-mère, ce qui était recyclable.
On détricotait, on re-tricotait jusqu’à ce que la laine elle-même soit tellement usée qu’il n’était plus possible d’en faire même un carré en vue de l’assembler à un autre carré.
Quand une fillette portait une jupe ultra courte, c’était juste parce qu’elle avait grandit trop vite, que les finances de ses parents ne pouvaient pas suivre ou qu’il n’y avait plus le moindre centimètre d’ourlet à défaire.

Et pourtant, j’espère que l’imagination des passant(e)s peut imaginer à quel point la séduction existait, partout, pour tous et chacun.
Pas seulement chez les personnes les mieux nanties en « pouvoir d’achat ».
C’est peut-être ce qui poussait à utiliser le proverbe « l’habit ne fait pas le moine »?
Je ne sais pas.

Aujourd’hui, l’habit fait le moine, la teinture fait les punks, les prothèses en tout genre font le job.
Il est indispensable de « faire comme je veux » et si possible comme tout le monde autour, donc comme dans « mon microcosme ».
Ce « mon microcosme » fusse t-il totalement virtuel, il n’en est pas moins réel.

C’est drôle.

Et franchement, si j’en ponds un billet, il n’y a pas de quoi en faire un fromage.
Il suffit de laisser le temps faire son oeuvre.
Tout passe.
Sauf le désir de séduction.
Sauf la peur.
Sauf l’exploitation des peurs et des désirs.

J’ai écouté hier l’émission de France Culture : d’âge en âge, voiles proposés, voiles imposés et c’était magnifique d’entendre une femme d’un âge certain affirmer « Je me sentais tellement séduisante avec mon foulard sur la tête » et ajouter plus loin  » Et puis la soie, c’est doux au toucher et son frottement sur la joue était agréable ».

De quoi méditer, relativiser, sourire…

2 réflexions sur « Les voiles dehors »

  1. KaMaïa

    Je manque de temps alors je vais juste poser quelques mots. Je « pick-upe » ça et là certaines phrases qui m’ont parlé et je vais sûrement partir dans des directions disparates du coup !

    Ces photos me touchent. Parce que c’est moi et mon œil plus ou moins pro qui entre en action. la communiante en voile et non pas encore en aube, petit triangle blanc, me fait penser « en négatif photographique » aux fillettes iraniennes de Marjane Satrapi et son Persepolis
    http://a401.idata.over-blog.com/1/35/13/57/BD02/Satrapi-voile.jpg
    Ça me fait penser au voile de communiante de ma mère, que j’ai recyclé il y a 22 ans… en voile de mariée pour mon propre usage !

    Le choix vestimentaire, il n’y en avait pas effectivement, on portait ce qu’il y avait, la robe qui avait appartenu à la grande soeur, ou à la cousine. Pendant trois années au moins, une année la robe était trop longue, l’année suivante elle allait bien et la troisième elle était trop courte. C’était du solide fait pour durer, alors ça durait.
    Recycler, user, réutiliser. Pas facile avec les vêtements d’aujourd’hui. C’est le fast-food du prêt à porter, les vêtements s’usent tellement qu’il est souvent impossible de les faire durer, voire de les transmettre.
    Je le vois bien avec mes 4 enfants dont j’avais gardé tous les vêtements « gardables ». Ce qui a été transmis et porté par les 4, ce sont les vêtements qui coûtaient plus cher que le basique-à-pas-cher qu’on trouve dans les enseignes grande distribution ou chaines.
    Pas-cher-trop-cher…
    Après avec les modes qui passent, peut-on parler de choix vestimentaire ? Quand aujourd’hui par exemple il est impossible de trouver autre chose que des pantalons taille basse même quand tu voudrais porter un taille haute. Ben à moins de te le faire toi-même, c’est impossible. Absence de choix vestimentaire.

    Quand tu fais toi-même, que ce soit en couture ou tricot, ça dure. C’est aussi pour ça que je couds ou tricote. Des basiques qui me plaisent, même s’ils ne sont pas à la mode et qui dureront. Alors je fais ma princesse, je tricote de la pure laine, des mélanges mohair et soie, du cachemire, je couds du lin, du coton, parfois bio. C’est un investissement sur la durée. Après tout, je porte encore un pull tricoté par ma grand mère en gros point mousse quand j’avais 14 ou 15 ans. Ce pull a une trentaine d’années donc. Le coût de la super laine est laaargement amorti. Avec les années il s’est détendu suffisamment pour suivre mon évolution pondérale, c’est pas beau ça ? 🙂

    J’ai suivi le lien vers le site France Culture et la pub du foulard YSL m’a interpellée. Aujourd’hui elle présuppose une toute autre lecture que celle de 1976.
    L’implicite l’est tellement que moi-même qui aimais beaucoup porter le foulard à la Grace Kelly, l’été avec mes lunettes de soleil je ne le fais plus depuis des années pour de bêtes questions d’interprétation. Et pourtant moi aussi je me sentais tellement séduisante avec mon foulard sur la tête, je me sentais immédiatement transportée à Cinecittà, il ne me manquait plus que la Vespa ou la décapotable.
    C’est dommage quand même.
    et là encore, absence de choix vestimentaire…

    Répondre
    1. Joelle Auteur de l’article

      🙂
      Oui… et au sujet des images, tu sais à quel point j’ai pensé à ton boulot en fouillant, ces jours-ci, les archives familiales.

      La relativité du choix vestimentaire?
      C’est en effet une question.
      C’est une vaste question qui force à marcher sur un fil tendu entre « soumission à ce qui nous échappe parce que c’est loin de notre « monde » » et « soumission à la mode qui est tout autour de nous ».
      Il est clair, et je j’affirme à nouveau que nous disposons actuellement d’un choix vestimentaire à nul autre pareil et que nous consacrons à nos apparences une énergie folle (temps ou argent, temps et argent). C’est très nouveau à l’échelle de l’humanité (voir l’évolution de la répartition des dépenses dans un budget familial).
      Que des personnes s’enferment dans un microcosme en choisissant une mode, qu’il soit difficile de trouver dans un magasin pour « djeun’s mode addict » de quoi vêtir confortablement une personne qui ne ressemble pas à une « personne djeun mode addict » est un fait : il y a d’autres enseignes, et même des enseignes pour tous les formats et tous les âges. Le choix est immense.
      D’ailleurs, peut-être que la question pourrait être la suivante : « Une trop grande possibilité de choix peut-elle « tuer » la possibilité de choix »?
      C’est une question très actuelle, qui touche tous les domaines.
      La prochaine fois que je viens te voir, je serai super heureuse de te voir avec un joli foulard sur la tête, on montera sur le chemin de ronde et tu seras une princesse qui guette l’arrivée du prince charmant en décapotable 😉 , et c’est ton choix de « le faire » ou non! 😉

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *