De l’expérience à la réalisation

J’ai commencé à empiler les cailloux.

« Comment vas-tu faire en ville?  » a questionné un ami. « J’en souris d’avance » ai-je rétorqué.
A cet instant précis,  j’ignorais tout du potentiel magnifique de cette activité ludique.

J’ai continué à empiler des cailloux.
J’ai découvert qu’il y a des cailloux en ville et surtout que la campagne n’est jamais vraiment loin.
J’ai commencé à marcher plus loin.

« Donc tu fais des cairns » ont affirmé certains.
J’ai haussé les épaules! Oui, nous sommes d’accord, un cairn est bien un tas de pierres. Mais un cairn existe parce qu’il a une fonction de marquage (sépulture, lieu sacré) ou de balisage (chemins de montagne, chemins soumis au brouillard, etc)

D’autres encore, s’empressèrent de parler d’art.

Tous avaient raison, de leur point de vue.
Pareillement, tous les billets écrits, copiés ou plagiés sur le sujet des « tas de cailloux », tous les billets disséminés sur la toile ont raison, chacun à leur manière.

Pas à la mienne.

Comme d’habitude, j’ai un point de vue singulier.
Je n’ai aucune certitude, aucune raison à défendre, mais je sens bien que cet exercice d’empilement que je pratique maintenant presque chaque jour en tout lieu et n’importe où, je sens que cet exercice n’est rien d’autre que le reflet de l’exercice d’équilibre qui me pousse chaque jour vers plus loin.

Et je vois aussi à quel point c’est l’exacte métaphore de mes exigences, de mes compétences autant que de mes insuffisances.

C’est simplement fascinant de faire cette découverte, je suis placée en face de qui je suis.
L’autre n’est pas mon miroir puisque l’autre est un autre.
Dans l’exercice qui consiste à empiler je me regarde, seule et libre.

Libre de cette liberté difficile et magnifique qui entraine vers la joie.

« Ce à quoi nous nous efforçons par la Raison, ce n’est rien d’autre que l’acte de comprendre ; et l’Esprit, en tant qu’il use de la Raison, ne juge pas qu’autre chose lui soit utile que ce qui conduit à la compréhension. »
Baruch Spinoza, Proposition 26, Ethique IV (traduction par Robert Misrahi pour Spinoza, une philosophie de la Joie, Editions Medicis-Entrelacs, 2005. ISBN 978-2-908606-71-3)

 

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