Eclats

DSCN0547

J’avais soigneusement préparé mon bateau.
Les deux « iatos » récemment poncés et vernis à neuf reliaient la coque à son balancier.
J’étais prête.
J’avais pensé à tout ce qui s’était présenté à mon esprit.
J’avais même prudemment renforcé chacune des attaches afin que les oscillations aléatoires de la navigation ne les fassent pas glisser sur le bois parfaitement lisse.
J’étais prête.

Il restait environ dix minutes d’attente avant de partir et de ramer vers l’objectif sur un océan magnifiquement accueillant, dans un environnement absolument grandiose.

Tout s’est soudain précipité. J’étais à pieds, dans un brisant de rivage qui éclaboussait joyeusement. Par prudence, au retour de l’échauffement, j’avais choisi de ne pas surfer jusque sur la plage.

Par prudence…

Par ignorance, je tenais l’embarcation avec nonchalance. Le départ était proche.Un nouveau joyeux brisant est arrivé, si peu inquiétant que j’ai lâché prise, innocente. En un éclair mon objectif du jour s’éteignit : les « iatos » étaient cassés dans une turbulence imprévue.

Ma première pensée fut la suivante : « Tu vois, ce n’est plus de ton âge, c’est un signe »
Ma deuxième pensée fut la suivante : « Une chance, il y a une autre course demain  »

J’étais là. Sur la plage devant mon bateau coupé en deux parties, inutilisable, j’étais bras ballants, la tête vide quand j’entendis : X est parti chercher des « iatos » dans sa voiture.

J’ai regardé ma montre : il restait sept minutes avant le départ.
Ma troisième pensée fut la suivante : « Sept minutes, ça peut le faire »

J’ai commencé à défaire les noeuds, à libérer les éclats de bois, à démonter afin de pouvoir remonter.
Six minutes.
Un gars m’aida spontanément, sans rien y connaitre, il commença la montage à l’envers.
Un autre arriva, il remit le « ama » dans le bon sens. Nos regards se croisèrent. Il y a quelques semaines, je l’avais aidé au beau milieu de l’océan, nous étions complices, la confiance était présente, elle s’amplifia à l’infini.
Cinq minutes, quatre, trois, deux, une… le bateau était prêt. J’étais prête, l’adrénaline coulait à torrent… C’était parti, par dessus les vagues. Peu importaient les vagues, j’allais droit devant, j’étais partie… comme prévu!

Que conclure?  Ceci :
Rien d’autre que l’imprévisible ne pouvait apporter avec autant de grâce autant de merveilleux à cette journée définitivement inoubliable.

Ces quelques lignes ne sont que des éclats bien arrangés.
Comment parler de ce qui ne se raconte pas?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *